Projet
Le programme de recherche, « Les victimes de l’abolitio memoriae » (VAM), a été créé dans le cadre du centre Gustave Glotz, Paris, UMR 8585, au 1er janvier 2002, renouvelé dans le même cadre institutionnel pour un 2e contrat quadriennal en 2006, puis accueilli depuis le 1er janvier 2010 au sein du laboratoire Halma (Lille, UMR 8164), où la banque de données s'est développée, et au sein des laboratoires ARTEHIS et CREHS. Lancé par Stéphane Benoist et Sabine Lefebvre, présenté au Congrès de l'AIEGL de Barcelone en 2002, VAM est fondé sur des dépouillements systématiques des sources témoignant d’une pratique de condamnation de la mémoire à Rome et dans le monde romain (du IIe siècle avant J.-C. au IVe siècle après J.-C.). Il comprend un volet juridique et des applications pratiques, en particulier le martelage des inscriptions et la transformation de la statuaire. Dans le cadre de ce programme, nous avons commencé par sélectionner dans un premier temps la nature des documents traités. Nous avons choisi de travailler en priorité sur deux types de sources : littéraires et épigraphiques. L’état d'avancement des travaux a été exposé au congrès international d’épigraphie de l’AIEGL à Berlin en 2012.
Les sources littéraires nous ont permis d’aborder ce que les Modernes ont nommé à partir du XIXe siècle la damnatio memoriae dès la prise de décision, en particulier en ce qui concerne les princes, mais aussi de repérer les autres cas, notamment ceux des hauts fonctionnaires de l’État, victimes des épurations. En livrant une vision plus large du phénomène du martelage, les auteurs peuvent ainsi révéler les circonstances d’une condamnation de la mémoire et nous permettre de suivre cette pratique de son apparition à ses métamorphoses tardives. L'abolitio memoriae ne peut se laisser enfermer dans une stricte définition de la négation de la divinisation des empereurs morts. Il est alors loisible d’envisager les contours juridiques, les implications pratiques, les contenus politiques et sociaux auxquels les textes sont plus sensibles.
Mais ce sont bien sûr les sources épigraphiques qui ont retenu en priorité notre attention et font l'objet d'une mise en ligne progressive. Témoignant de l’application de l’abolitio sur tout le territoire de l’Empire, les inscriptions ont été répertoriées afin d’être traitées sous un nouvel angle d’étude. En effet, la traduction épigraphique de l'abolitio est le martelage, et ce dernier, s’il témoigne de la condamnation d’un individu, n’est pas anodin. L’inscription peut être remployée et le souvenir du martelage ainsi effacé ; le texte peut être regravé, ou le martelage laissé visible, affirmant de façon volontariste l’effacement.
Aussi, afin de prendre en compte ces multiples aspects, nous avons choisi de créer une banque de données pour intégrer le résultat de nos dépouillements. Plusieurs rubriques ont été prévues en vue de leur exploitation :
- la présentation de l’inscription : les références aux grands corpora, la localisation provinciale, par cité, mais aussi au sein de l’espace civique, la datation, la description du support ;
- les données sur le « martelé » : son nom, ses relations familiales, ses origines sociale et géographique, sa carrière, tous les renseignements prosopographiques fournis par le texte étudié ;
- la description du martelage : le texte martelé (des lettres sont encore parfois lisibles), l’objet du martelage (nomen, cognomen, titres et fonctions…), le soin apporté au martelage, l'éventuelle regravure, les date et contexte… Une relecture des textes s’avérant souvent nécessaire, nous avons prévu de constituer également une banque de données photographiques pour faciliter notre étude. En effet, l’une des premières étapes du travail est de vérifier si l’inscription est réellement martelée ou si les traces ne sont que les résultats de dommages postérieurs, liés parfois aux conditions de découverte.
Le contenu de la banque de données, ainsi établi, n'est que partiellement accessible sur ce site. Pour toute demande d'information complémentaire, il est possible de nous contacter.
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